LES VIKINGS À MIKLAGÅRD

 

  Jacques DRUART

 

 

Lors de la préparation de l'exposition "Art de l'Islam"(1) aux Musées royaux d'Art et d'Histoire du Cinquantenaire, à Bruxelles, j'ai eu la surprise de découvrir que les réserves des collections de cette honorable institution recelait un dirhem en argent frappé en Arminiyah (Arménie) en 252 AH (866 AD) sous le règne du calife abbasside de Bagdad al-Mu'tazz (866-869).

Les monnaies émises par cet atelier secondaire sont assez rares pour cette période. Cependant, ce qui rend cette pièce particulièrement exceptionnelle, c'est le fait qu'elle ait été retrouvée en juillet 1906 dans un trésor enfoui à Muizen-lez-Malines parmi une centaine de monnaies carolingiennes.

   

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Dirhem d'al-Mu'tazz du trésor de Muizen

 

Cette découverte, qui peut paraître de prime abord surprenante peut s'expliquer aisément. Contrairement à ce que l'on peut penser spontanément, le cheminement de ce dirhem jusqu'en Belgique n'a rien à voir avec les Croisades. Il est bien plus ancien.

 

En ce lointain IXe siècle, notre pays recevait régulièrement la visite de "touristes" d'un genre assez particulier, peu intéressant pour l'économie locale. Il faut dire qu'ils ne venaient pas pour dépenser leurs propres devises mais plutôt pour nous délester des nôtres.

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(1) Exposition "Art de l'Islam" - Musées royaux d'Art et d'Histoire

Parc du Cinquantenaire - Du 5 décembre 2003 au 25 avril 2004

 

Nous étions en effet à cette époque en butte aux incursions sporadiques mais chroniques de gens venant du nord de l'Europe: les Normands, les Vikings.

Ces peuples, confrontés aux rigueurs de leur climat, avaient dû conjuguer la pêche avec l'agriculture, ce qui en avait fait de rudes et hardis navigateurs. En outre, à partir du début du 9e siècle, la population avait doublé, rendant les bonnes terres introuvables. Les cadets des familles paysannes en étaient donc réduits à sillonner la mer du Nord à bord de leurs fameux drakkars pour pirater et écumer les côtes, tant britanniques que continentales. Souvent, ils poussaient même l'audace jusqu'à remonter les fleuves, bien loin à l'intérieur des terres, afin de piller les villes, saccageant tout sur leur passage.

La première agression importante retenue par l'histoire date de juin 793, lorsqu'une horde de Vikings norvégiens a pris d'assaut le monastère de Lindisfarne sur la côte est de l'Angleterre.

 

Les Vikings avaient envahi la région du bas Escaut en 879, après l'échec de leur invasion de l'Angleterre.

On peut dès lors supposer que ces monnaies ont été enfouies sur les rives de la Dyle par l'un de ces envahisseurs normands qui devait faire la navette pour ravitailler le camp retranché que ses congénères avait établi à Louvain en 884.

 

La date figurant sur le dirhem de Muizen nous donne le terminus post quem absolu de 866 et l'on peut considérer l'an 891 comme terminus ante quem. C'est l'année au cours de laquelle Arnulf de Carinthie vainquit les Vikings à Louvain et les chassa de ce territoire.

 

Voilà donc une chose qui peut paraître encore plus extraordinaire: que cette monnaie orientale ait été amenée par des barbares venus de la ténébreuse Scandinavie.

Et pourtant cela s'explique sans problème.

On trouve de nombreuses monnaies du haut Moyen Age européen au cours de fouilles réalisées en Scandinavie. Les numismates qui reçoivent des catalogues de ventes de professionnels danois ou suédois peuvent s'en rendre compte. C'est logique, ces monnaies proviennent des butins rapatriés.

En outre, les Vikings ne se doteront d'un monnayage propre qu'à partir du milieu du 9e siècle et ce, très progressivement. 

Par contre, ce qui peut paraître a priori plus étonnant, c'est de trouver aussi dans ces mêmes catalogues des séries de monnaies sassanides, byzantines ou du début de l'Islam, monnaies qu'ils disent aussi avoir été trouvées en sol scandinave. Et il existe également des monnaies locales carrément imitées des modèles islamiques.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, cela n'a rien de surprenant.

Pour s'en persuader, il suffit de prendre une carte d'Europe et d'ainsi réaliser que s'ils lançaient sans problèmes des expéditions à travers la mer du Nord, ils avaient encore plus de facilité à en organiser en mer Baltique, plus proche, plus familière.

Dès lors, tout comme ils remontaient l'Escaut ou la Seine, ils pénétraient dans la plaine russe par un réseau fluvial particulièrement bien navigable, s'étendant sur des régions peu peuplées.

Ils remontaient notamment la Dvina. Puis, s'enhardissant toujours d'avantage, ils passèrent dans l'autre bassin, redescendant le Dniepr jusqu'à la mer Noire ou la Volga jusqu'à la mer Caspienne.

 

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Chemin faisant, les Vikings pillaient autant qu'ils le pouvaient mais lorsqu'ils se retrouvaient trop éloignés de leurs bases et face à des forces supérieures, ils devaient se résoudre à composer, à négocier, à commercer. Ainsi vendaient-ils des fourrures aux Bulgares de la Volga, peuple converti à l'Islam, lesquels les renégociaient à travers toute l'Asie. C'est sans doute la raison pour laquelle, dans la langue mongole, marchand de fourrures se dit "bulga".

De nombreuses trouvailles en sol scandinave de monnaies samanides (actuel Ouzbékistan) témoignent de l'importance de ces échanges commerciaux.

Néanmoins, le naturel guerrier reprend toujours le dessus et, dès qu'ils en ont l'opportunité, ils assurent leur suzeraineté et font payer tribut. Vers 860, nos vaillants commerçants s'emparent de Kiev et y installent un comptoir à leur profit.

Mais les Vikings préfèrent monnayer leurs bras et leur combativité et les princes slaves compteront souvent des corps de mercenaires vikings parmi leurs troupes. Ces hommes de main se qualifieront eux-mêmes de varingjar, ce qui signifie allié en scandinave. C'est ainsi que les Slaves ont baptisé leurs Normands du nom de Varègues.

 

Une fois de plus, la numismatique est donc là pour nous prouver que tout cela n'est pas un mythe.

Par la mer Noire les Vikings sont mis en contact avec la civilisation musulmane et, par la force des choses, d'une manière ou d'une autre, ils se retrouvent en possession de monnaies des contrées dominées par l'Islam, monnaies qu'ils ramènent régulièrement chez eux et que l'on redécouvre aujourd'hui.

  

Quand ils atteignent pour la première fois Constantinople, cette cité extraordinaire peuplée de plusieurs centaines de milliers d'habitants, avec ses monuments somptueux et son hippodrome de cent mille places, on peut s'imaginer l'ahurissement de ces hommes frustes. Ils la baptisent "Miklagård", ce qui, dans leur langue, signifie tout simplement "La Grande Cité".

 

En l'année 860, c'est plus fort qu'eux, ils tentent de s'emparer de l'opulente métropole; entreprise des plus hasardeuses, des plus folles, quand on sait qu'il faudra plusieurs siècles aux puissantes armées musulmanes pour y parvenir. Pourtant, ils réussissent à prendre pied dans la cité et entreprennent, selon leur bonne vieille habitude, de piller et d'incendier les maisons et les églises.

Ils auraient donc pu aisément aboutir mais posséder une ville et, dès lors, devoir assumer son administration n'étaient pas vraiment l'objet de leurs aspirations. Guidés par la cupidité, la seule chose qu'ils convoitaient, c'étaient les richesses, le profit maximum immédiat. Aussi acceptent-ils sans difficulté de se retirer de la ville contre un tribut considérable que leur verse l'empereur Michel l'Ivrogne. On pourrait croire que c'est de là que vient l'expression pot-de-vin !

Dorénavant, de tels tributs leur seront versés régulièrement en échange de leur passivité.

 

Les Byzantins on peut les comprendre auront toujours la plus grande méfiance vis-à-vis des Vikings. Ainsi, ils ne peuvent entrer dans Constantinople que par certaines portes où ils doivent déposer leurs armes. Ils se déplacent en ville escortés et jamais à plus de cinquante à la fois. Un des piliers de l'église Sainte-Sophie, porte un graffiti en caractères runiques que certains guides avertis vous font remarquer.

 

Cependant, en 980, l'empereur Basile II reçoit du grand-prince de Kiev Vladimir un cadeau tout à fait extraordinaire: une armée de quelque 6.000 mercenaires vikings.

Cet évènement est le point de départ d'une pratique qui va se prolonger jusqu'à la prise de la ville par les Francs de la Quatrième Croisade, en 1203.

Les empereurs byzantins avaient la plus grande peine à recruter des soldats valables afin de défendre et de contrôler leur vaste empire. Aussi feront-ils appel de plus en plus souvent à des mercenaires scandinaves. On les retrouvera sur les champs de bataille tout autour de la Méditerranée: en Terre Sainte, en Afrique du Nord, en Sicile.

Ces guerriers armés de haches, que les Byzantins appelleront varanges, sont les mieux payés de l'Empire. Ils ont en outre le droit de conserver le butin qu'ils grappillent dans les batailles et lors de la prise de cités. Ceux qui arrivent vivants au bout de leur terme peuvent alors regagner leur lointaine Scandinavie les braies cousues d'or.

 

C'est donc ainsi qu'à l'époque, les marchands d'Europe occidentale qui se rendaient à Constantinople par la Méditerranée avaient la surprise de constater que la garde rapprochée du Basileus était constituée de ces varanges.

Ce corps d'élite bénéficiait en outre d'un privilège si extraordinaire qu'il pourrait passer pour invraisemblable: lors du décès de l'empereur, les membres de ce corps d'élite avaient le droit de visiter les palais du défunt et de s'approprier tous les trésors qu'ils pouvaient y trouver. Cette prérogative s'appelait le poluta-svarf.

  

L'un des chefs de cette Garde varangienne a connu une destinée qui est digne des meilleures sagas. Et c'est d'autant plus vrai que nous avons retrouvé les détails de sa biographie dans le Heimskringla, qui n'est autre que la compilation des sagas des rois de Norvège.

 

Harald Sigurdsson était né en 1015 en Norvège. Son père, Sigurd Syr, noble guerrier viking, était par sa mère le demi-frère du roi Olav le Saint. En 1030, Knud le Grand, déjà roi de Danemark et d'Angleterre, veut étendre son hégémonie sur la Norvège. Bien qu'âgé de quinze ans à peine, Harald participe vaillamment à la bataille de Stiklestad. Néanmoins, celle-ci tourne au désastre pour les Norvégiens. Olav le Saint est tué et Harald, qui réussit à fuir est contraint de s'expatrier avec une poignée de compagnons.

Il séjourne d'abord quelques années à Holmgård (Novgorod) où il loue ses services au seigneur local, Iaroslav le Sage, grand-prince de Kiev. Une amitié indéfectible va naître entre ses deux hommes.

 

Néanmoins, Harald choisit d'aller louer ses services au basileus de Constantinople.

Enrôlé dans l'armée byzantine, il participe à de nombreuses campagnes. De 1038 à 1040, sous les ordres du général Georges Maniakès, il contribue à la reconquête de la Sicile. On le retrouve également au Serkland (Afrique du Nord) et en Terre Sainte. Rapidement, ses qualités de combattant le font remarquer par l'empereur Miche IV Catalactus et celui-ci le place à la tête de sa Garde varangienne.

Au cours de ses nombreux pillages et après avoir bénéficié de trois poluta-svarf, Harald s'était constitué un trésor de guerre fantastique, une fortune qu'aucun autre Viking, aux dires de ses contemporains, n'avait pu thésauriser avant lui.

Et ce pactole, il avait eu l'intelligence de la faire parvenir au fur et à mesure, sous bonne escorte à la cour de son ami le prince Iaroslav.

 

En 1042, son terme accompli, il juge le moment venu de regagner la Scandinavie et Harald demande de pouvoir emmener Maria, la nièce du nouvel empereur, afin de l'épouser. Constantin IX refuse ce qu'il considère comme une mésalliance. L'impératrice Zoé, veuve de Michel IV, avait accepté un mariage de raison avec ce Constantin Monomaque, alors sénateur, et le bruit courait qu'elle avait quelque penchant pour le mâle guerrier varègue et qu'elle aurait bien voulu profiter plus longtemps de ses avantages physiques. Toujours est-il qu'Harald est non seulement éconduit mais que son billet de retour lui est également refusé. Mieux encore, se méfiant de toute réaction intempestive, on le jette en prison.

Rapidement, bénéficiant de complicités parmi ses anciens frères d'armes, il parvient à s'évader. Il enlève la belle Maria et s'empare de deux bateaux à rames auxquels il fait franchir d'une façon tout aussi inouïe que géniale la fameuse chaîne défendant l'accès du port de la Corne d'Or. Hormis les rameurs indispensables, il fait placer la cargaison et le reste de des équipages à l'arrière des bateaux, puis il enjoint les rameurs de foncer sur la barrière. Les esquifs avancent proues en haut, émergées, et escaladent la chaîne en partie. Aussitôt, il ordonne aux gens de l'arrière de passer à l'avant avec le lest et, comme il se doit, les bateaux basculent aussitôt et piquent du nez. L'obstacle est franchi. Les fugitifs gagnent l'Ellipalta (la mer Noire), puis remontent le Dniepr jusqu'à Kiev. En cours de route, pour bien montrer son mépris pour la famille impériale de Byzance, Harald avait fait reconduire la princesse Marie, saine et sauve, sous bonne escorte.

Il finit par regagner Novgorod. Le prince Iaroslav l'accueille à bras ouverts et Harald peut récupérer son immense fortune. En outre, il constate qu'Ellisif (Elisabeth), la fille de son hôte, elle qui n'était qu'une adolescente boutonneuse lors de son passage précédent, s'était épanouie en une splendide créature. Il sollicite donc sa main et l'obtient immédiatement de Iaroslav qui ne demandait que cela.

 

En 1045, ayant appris que son neveu, Magnus Ier le Bon avait reconquis la couronne de Norvège, il décide de regagner la terre natale en compagnie de son épouse.

Aussitôt arrivé, il entre en conflit avec le roi Magnus Ier le Bon. Après bien des péripéties, le monarque qui, comme son surnom l'indique, était plutôt pacifiste, se résout à partager sa couronne avec Harald et lui octroie la moitié de ses territoires. Notre héros prend dès lors le nom d'Harald III Hårdråde (l'Implacable) (2).

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  (2) Les racines indo-européennes de la langue norvégienne peuvent permettent de deviner le sens de l'expression "Hårdråde". "hård" à le même sens que le "hard" anglais et "råde ou råda" sont de même racine que le "raja" indien et signifie roi (Hårdråde = Roi sévère).

 

A la mort de Magnus, en 1047, il se rend maître de tout le royaume et unifie complètement le pays. Il se tourne ensuite vers le Danemark qu'il dévaste allègrement avant de se lancer à la conquête du royaume d'Angleterre.

     

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Magnus le Bon (1042-1047)

penninger en argent frappé à Lund

 

En automne 1066, fort de ses 300 drakkars et de ses 9.000 guerriers, il atteint l'île de Bretagne, remonte le fleuve Humber et débarque à Riccall, juste au sud de York.

York était la ville principale du nord du royaume et une proie de choix pour ces envahisseurs avides de richesses. La cité est prise sans grandes difficultés.

Dès qu'il avait appris l'invasion, le roi d'Angleterre, Harold II, s'était précipité à marche forcée à la rencontre des Vikings. Il ne mettra que cinq jours pour atteindre le Yorkshire.

Les troupes d'Harald Hårdråde s'étaient positionnées au deçà de Stamford Bridge, un pont sur la rivière Derwent, à une vingtaine de kilomètres à l'est de York. Elles y attendaient l'armée anglaise, mais pas si tôt !

L'engagement est rude et son issue est longtemps incertaine. Harald s'y démène comme un beau diable, selon son habitude, jusqu'à ce qu'une flèche vienne lui traverser la gorge, mettant ainsi fin à son impressionnante saga. Dès lors, le sort de la bataille penche en faveur des Anglais. Menées par Olav Kyrre, le fils du roi défunt, seules 24 embarcations chargées de survivants parviendront à reprendre la mer et à regagner la mère patrie.

 

Il devrait bien exister un metteur en scène avisé à Hollywood pour m'acheter ce scénario !

 

Cette bataille de Stamford Bridge marque la fin des invasions vikings en Angleterre. Cependant son importance réside surtout dans le fait qu'elle a permis à Guillaume de Normandie, Guillaume le Conquérant, de débarquer sans problème trois semaines plus tard dans le sud du pays et de déployer son armée dans la plaine d'Hastings afin d'y attendre de pied ferme l'armée d'Harold II, victorieuse, certes, mais éreintée par l'ardeur des combats et cette deuxième marche forcée.

Cette fois, l'armée anglaise sera vaincue et Harold y laissera la vie. L'Angleterre deviendra terre normande.

On peut dès lors affirmer que, sans Harald Sigurdsson, sans cet aventurier, ce garde varangien de Byzance, le destin de l'Angleterre aurait pu être tout différent…

 

Le monnayage d'Harald Hårdråde est le reflet du personnage et de sa politique.

Les penninger de Magnus le Sage, copiés des pennies anglais, et plus particulièrement de ceux de Knud, étaient relativement bien frappés et de bon aloi. Les émissions étaient cependant assez réduites, les monnaies étrangères, issues du commerce et des pillages, palliant les insuffisances.

 

Du vivant de Magnus, Harald fait battre monnaies à Odense, au Danemark.

Devenu roi unique, il crée deux ateliers monétaires en Norvège; l'un à Nidaros ou Nidarnes, l'actuel Trondheim, alors capitale du Royaume, et l'autre à Hamar.

Le style devient plus fruste et il va rapidement abandonner le modèle au portrait pour le remplacer par un triskèle stylisé. Les légendes évoluent également passant à l'écriture runique (futhark) pour ensuite n'être plus qu'assemblages incohérents de traits et de points. Ces séries constituent un phénomène exceptionnel à travers tout le Moyen Age européen: des légendes non latines.

    

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Harald III Hårdråde (1047-1066)

penninger en latin frappé à Nidaros

                                 D/ + harald rex no

                                 R/ + v ..(monnayeur) on nidarne

 

En outre, l'abondance du monnayage d'Harald démontre son intention d'établir une circulation monétaire constituée exclusivement de monnaies nationales, à l'instar des principales puissances de l'époque.

D'autre part, la politique belliciste du roi entraîne pour le pays de grosses difficultés financières qui vont induire une diminution progressive mais importante du poids et du titre de ses monnaies. La teneur en argent finira sous la barre des 50 %. Ces monnaies de bas aloi étaient surnommées Haraldsslætten.

 

Les deux fils d'Harald, Olav Kyrre et Magnus II, lui succèderont conjointement. Olav règnera seul dès 1069. Son règne sera long, plus d'un quart de siècle, et beaucoup plus paisible que celui de son père. De fait, Kyrre signifie "le Tranquille".

Son monnayage à produit un spécimen de la plus haute importance historique. Il conduira nos investigations numismatiques dans la direction opposée. A l'ouest, cette fois.

A suivre donc…

  

En arrêtant ici cette saga, nous pouvons une fois de plus réaliser tout ce que la numismatique nous a permis d'aborder à partir d'une simple pièce de monnaie musulmane retrouvée en Belgique.

 

Cependant, pour terminer par où nous avions commencer, il faut signaler que ce dirhem abbasside de Muizen n'est pas la seule trouvaille du genre réalisée sur le territoire belge.

 

Le site de la Roche-à-Lomme (ou à-l'Homme), sur le territoire du village de Dourbes (Couvin), a livré plusieurs monnaies musulmanes.

Dans le bulletin de l'Institut archéologique liégeois (II, 1854, pp.407-408), il est signalé qu'un archéologue liégeois possédait une monnaie fatimide découverte sur ce site.

Une autre monnaie de cette dynastie y a été découverte en 1936 et offerte par l'inventeur au Musée archéologique de Charleroi (3). Il s'agit d'un quart de dinar en or du calife al-Mu'izz (953-975).

Enfin, le 6 juin 1957, l'érosion du sol, dû à de fortes pluies, a mis à jour une troisième monnaie, semblable à la précédente. Ce quart de dinar de Siqilliyah (Sicile) a été frappé en l'année 361 de l'Hégire. Cet exemplaire avait été acquis par Marcel Thirion, lequel en a fait don au Cabinet des Médailles de Bruxelles.

  

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Exemplaire du Cabinet des Médailles de Bruxelles

 

Il semble probable que ces monnaies sont arrivées chez nous par la Méditerranée et les tractations commerciales avec les marchands venus du sud de la France.

 

Il en est sans doute de même pour cet autre quart de dinar de la dynastie hafside trouvé à Ypres au milieu du siècle dernier. Il a été émis à Tunis par le calife Abu 'Abd Allah Mohammed Ier ibn Yahya, alias al-Mustansir (1249-1277).

  

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¼ dinar du calife Abu 'Abd Allah al-Mustansir

 

C'est sous son règne, en 1270, en assiégeant Tunis, que le roi de France saint Louis IX est mort de la Peste. al-Mustansir conclut un traité de paix avantageux avec les croisés, ce qui favorisa et développa le commerce avec les pays européens. En outre, son successeur conclut une alliance avec Pierre III d'Aragon pour mieux résister aux agressions des principautés musulmanes rivales.

La présence d'une telle monnaie sur notre territoire n'a donc pas de quoi nous surprendre. Les trésors de nombres de nos églises contiennent également de nombreux objets d'origine mauresque.

 

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  (3) Le Musée archéologique de Charleroi est tombé dans l'abandon jusqu'à ce que l'on décide, vers 1975, de le fermer et d'entreposer la plus grande partie des collections dans des locaux du Musée du Verre. Or, celui-ci est à son tour en pleine restructuration, rendant mes investigations inextricables.

Je ne désespère cependant pas de réussir à exhumer cette monnaie.

 

                                                        ( à suivre)