Lucius Artorius Castus

 

notions du monnayage romain

en Grande-Bretagne

 

Conte numismatique

 

Dr. Agostino SFERRAZZA

 

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Originaire de Campanie ou peut être de Dalmatie, Lucius Artorius Castus nous est connu par deux inscriptions latines découvertes près de Split (Croatie) qui développent sa longue et remarquable carrière militaire. Issu de l’ordre équestre, il serait né aux environs de l’an 140 de notre ère sous le règne de l’empereur Antonin le Pieux. Et c’est probablement sous ce même empereur qu’il rejoignit sa première affectation à l’âge de 18 ans dans la 3e Légion, dite Gallica, qui était à l’époque cantonnée en Syrie.

C’est en tant que centurion que pendant cette période il fut confronté pour la première fois aux Parthes, peut être sous le commandement de Lucius Verus (LU.VER…). Aux environs de l'année 162, il aurait été transféré dans la 6e Légion, dite Ferrata, en Judée. Pendant cette affectation, il a pu côtoyer la population, et peut-être des chrétiens. En 166, il rejoignit la 2e Légion, dite Adiutrix, sur le Danube. Sous Marc Aurèle, cette légion était basée en Basse Pannonie à Aquincum (Budapest). Artorius y aurait connu les Quades, les Marcomans et les Sarmates dont il a pu apprécier la culture, le langage et surtout leurs techniques de combat. En 170, il aurait été transféré à la 5e Légion, la Macedonica, cantonnée à Potaissa (Turda) en Dacie. Cassius Dion rapporte de cette région et en ce temps une bataille qui opposa les forces de Rome et les Iazyges. Feignant la retraite, ces derniers avaient entraîné les soldats romains sur le Danube gelé lorsque, se retournant brusquement, ils espéraient décimer les troupes romaines ordinairement disposées en lignes parallèles mais un centurion aguerri disposa ses légionnaires en carré, pointant leur lance vers l’extérieur, le bouclier planté dans la glace et lié au pied pour ne pas glisser. Cette technique, déjà utilisée contre la cavalerie parthe par la légion, surprit l’ennemi qui fut complètement défait, obligeant leur roi Zanticos à demander la paix. Durant cette affectation, aux environs de 172 et peut-être à la suite de cette bataille, Artorius gagne le rang de primus pilus.

À ce stade Artorius aurait pu regagner la vie civile avec les avantages du rang équestre mais il semble qu’il ait préféré poursuivre son cursus militaire pour atteindre le rang de praefectus cohortis, puis celui de tribunus militum ou tribunus legionis pour devenir finalement praefectus alae. La présence d’un homme doté d’une telle expérience à ces postes faisait d’Artorius un officier remarquable, ce qui allait probable-ment donner à sa carrière un tour inattendu.

En 175, en tant que praefectus cohortis, il se vit attribuer le commandement d’un fort contingent de cavaliers sarmates que Rome avait reçu en tribut pour sa victoire sur les Iazyges. Les Sarmates étaient un peuple Scythe nomade qui vivait dans les steppes, établi à l'origine entre le Don et l'Oural. Ils annoncent par leurs tenues, le chevalier médiéval, ils sont revêtus, ainsi que leurs chevaux, d'une cuirasse d'écaille, une véritable armure. Ce revêtement défensif les rendra célèbre dans l'Empire romain sous le nom de Cataphractaires. Les troupes romaines arboraient leurs propres enseignes en plus des emblèmes officiels de la légion. Les Sarmates qui servaient en tant qu’auxiliaires se distinguaient par une tête de dragon en bronze, le draco, qui se prolongeait par une étoffe flottant au vent. Au cours d'une charge de cavalerie, l'ennemi, de loin, pensait voir une créature fantastique, survoler la cavalerie romaine. On peut imaginer l’impression que pouvait faire ce symbole sur les populations et les traces qu’il a pu laisser dans la mémoire, les traditions et les légendes.

Il est possible que la mission d’Artorius ait été d’encadrer le transfert avec leurs familles de cette unité d’élite, désormais auxiliaire de l’armée romaine, vers l’île de Bretagne. Ces 5.500 cavaliers lourdement cuirassés, sous l’égide de Rome, et peut-être mené par Artorius, deviennent de redoutables soldats destinés à repousser sur le limes, à hauteur du mur d’Hadrien, les incursions des féroces envahisseurs pictes et calédoniens.

 

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L'emblème des Sarmates et celui du pays de Galles évoquant

la royauté d'Arthur

  

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Draco représenté sur la colonne Trajane à Rome

 

En 177, Artorius obtient le poste de praepositus pour la classis missenatium. Il s’agissait d’un grade élevé dans le commandement de la flotte romaine de la baie de Naples. Son rôle était entre autre d’assurer le ravitaillement des troupes de Marc Aurèle. Il dut connaître en cette terre civilisée de Campanie une vie plus calme,avant d’être rappelé après la mort de l’empereur philosophe, le 17 mars 180, par son fils Commode.

L’Empire connaissait une grande agitation sur ce limes. Les Marcomans, les Quades, les Iazyges, les Calédoniens, les Pictes menaient des incursions meurtrières en territoire romain. Ces mouvements effroyables terrorisaient les populations et bousculaient les légions. Ces faits ne pouvaient constituer de précédents et Rome devait mettre un terme avec éclat à ces invasions et contenir ces barbares. C’est dans ce contexte qu’Artorius fut rappelé en Bretagne pour y reprendre un commandement et pour entrer dans la légende.

À Bremetennacum (Ribchester in Lancashire), Artorius retrouva ses cavaliers Sarmates. La situation militaire en Bretagne était pour le moins confuse. La 2e Légion, Augusta, basée à Isca Silurum (Caerleon) maintenait l’ordre dans le sud de l’île. Pendant ce temps la 20e Légion, Valéria Victrix, basée à Deva (Chester) contenait des troubles au pays de Galles. La 6e Légion, Victrix, basée à Eborarum (York) tenait le mur d’Hadrien. Cette légion était assistée par des troupes auxiliaires basées à Bremetennacum, à Avallana (Burgh-by-Sands) et à Camboglanna (Castlesteads). Entre 180 et 185, les Romains subirent de lourdes pertes. Les incursions barbares de plus en plus audacieuses, le ravage des exploitations, la destruction des forts, le massacre des populations et de hauts dignitaires romains, les désertions, les mutineries, les révoltes dans l’armée plongèrent la Bretagne dans le chaos.

Seule une région échappa à cet enfer, seule une région resta en paix et en sécurité, un sanctuaire dans un monde en fragmentation. Cette région se trouvait à l’ouest du mur d’Hadrien, aux alentours de Bremetennacum. Artorius et ses redoutables cavaliers avaient tenu en respect les hordes sauvages. Mieux, Artorius et ses Sarmates les repoussèrent et portèrent la guerre au-delà du mur d’Antonin, sur le territoire même des envahisseurs, y menant des expéditions punitives, exterminant les populations qui tombaient sous leur glaive…

On peut imaginer la renommée et la gloire que cet homme a suscitées en ce lieu et en ce temps pour que, peut-être toujours aujourd’hui, ces faits épiques nous soient encore rapportés…

Lorsque Ulpius Marcellus reprit le contrôle de la Bretagne, il punit et fit exécuter un grand nombre d’officier alors qu’Artorius, pour ses faits d’armes extraordinaires, fut élevé au rang de dux bellorum.

 

C’est sur cette île de Bretagne, abordée en 54 et en 55 avant notre ère par Jules César que, depuis l'an 43, l’hégémonie romaine s’était établie avec sa culture, son armée, ses lois et sa monnaie.

Les Romains avaient débarqué en Bretagne en 43 à Richborough et le territoire conquis était devenu province impériale sous le nom de Britannia, gouvernée depuis Camulodunum (Colchester), Eburacum (York) ou peut-être déjà Londinium (Londres), par un légat qui devait être un ancien consul, en raison des effectifs à commander.

Un arc de triomphe fut érigé à Rome pour commémorer ce triomphe et des monnaies furent émises pour célébrer cette conquête et la gloire de Claude. De telles monnaies furent émises figurant l’Afrique, l’Asie, la Dacie et bien d’autres. Ce monnayage servait la gloire de l’empereur qui menait les conquêtes en ces territoires et en faisait sa propagande. Un monnayage «celte» circulait en Bretagne avant l’invasion romaine. Après 43, le monnayage était exclusivement produit à Rome. Une formidable quantité de monnaie devait arriver par terre ou par mer, nécessitant une forte escorte militaire. On peut imaginer que le numéraire pouvait venir à manquer et, ainsi, il est possible qu’un monnayage non officiel ait été émis sur place pour complémenter le déficit numéraire.

Dès 64, Lugdunum fut autorisé à battre monnaie, peut-être en raison de sa position géographique et il devint plus facile d’assurer la distribution de monnaies vers la Bretagne. Proportionnellement à sa taille et à sa population, la Bretagne disposait d’une forte armée. On comptait trois légions permanentes : la 2e Légion, Augusta, cantonnée à Caerleon, la 6e Légion, Victrix, basée à York et la 20e Légion, Valéria Victrix, à Chester. A ces contingents s’ajoutait une myriade d’unités auxiliaires provenant de tout l’Empire. Tous ces hommes attendaient leur solde. L’entretien de l’armée, l’achat de terres, le commerce du plomb, de l’argent, de l’or, du cuivre, de l’étain, du fer et du charbon imposaient l’importation de numéraire romain.

Rome émit de nombreuses monnaies qui faisaient référence à la Bretagne. Sous Claude furent produits notamment un aureus et un denier où figurait un arc de triomphe avec l’inscription DE BRITANN.

  

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                                                                          E = x2                                      C.N.G.

 

Denier de Claude de 49-50 A.D.

 

D/ TI CLAVD CAESAR AVG P M TR P VIIII IMP XVI. Tête laurée à droite. R/ DE BRITANN sur un arc de triomphe surmonté d’une statue équestre à gauche entre deux trophée. RSC 19. RIC 45, BMC 50

 

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                                                                      E = x2                                        

 

Aureus de l’empereur Claude de 46-47 (Rome)

 

En 122 l’empereur Hadrien se rend en Bretagne, il y dressa ce que nous appelons le mur d’Hadrien. En souvenir de cette visite plusieurs monnaies furent émises. Notamment un sesterce où apparaît au revers la représentation d’une femme assise sur des pierres, tenant une lance et un bouclier, il s’agit d’une des premières apparitions de l'allégorie BRITANNIA.

  

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Sous ce règne d’autres monnaies sont dédiées à l’armée en Bretagne, on peut y lire sur celles-ci EXERC[itvs] BRITANNICVS et on y voit l’empereur s’adressant à ses troupes.

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                                                                                                                Num. Lanz

 

Une série de sesterces mentionnant les voyages de l’empereur et commémorant certaines rencontres fut émise. C’est ainsi qu’un sesterce commémore la venue d’Hadrien en Bretagne, cette monnaie est incroyablement rare, on peut lire ADVENTVI. AVG. BRITANNIAE soit la venue de l’empereur en Bretagne.

 

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Les Romains comme les Grecs avant eux représentaient sur leurs monnaies des concepts, des régions de l’Empire par des figures humaines qui portaient des attributs caractéristiques. La Bretagne se trouvait aux confins de l’empire, à la frontière avec le monde non soumis, c’est pour cette raison que Britannia est représentée avec un bouclier portant une pointe en son centre et une lance. Un trident apparaît parfois et rappelle que nous nous trouvons au-delà des mers. Si Britannia porte parfois un lourd vêtement, c’est pour signaler les rigueurs du climat en ces contrées et si elle est assise sur des blocs de pierre, c’est pour symboliser une zone de montagne (Highlands d’Ecosse) ou la frontière matérialisée notamment par le mur d’Hadrien et puis celui d’Antonin. Britannia serait apparue pour la première fois sur une monnaie de cuivre, un as de l’Empereur Hadrien en 119.  

 

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Il fallut attendre 143 et le règne d’Antonin pour voir apparaître une nouvelle représentation de Britannia. Il s’agissait de sesterces en laiton de 31 mm de diamètre qui valaient 4 as. L’inscription se trouvait sous la représentation ou autour en exergue. Ce monnayage se référait à l’état de guerre qui existait en Bretagne et à la construction du mur d’Antonin.

Sous le règne d’Antonin le Pieux, une autre série de pièces de monnaie fut frappée pour la Bretagne en 154. Ce monnayage de cuivre était probablement destiné à des donativa, soit des cadeaux destinés aux soldats qui avaient mâté la rébellion. On lit clairement BRITANNIA dont l’inscription débute à 7h.

 

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Ainsi Antonin le Pieux reprit la figuration de Britannia sur une partie de son monnayage d’or et de bronze. On lit IMPERATOR II BRITAN au revers. Ce monnayage devait commémorer les victoires de Lollius Urbicus en Bretagne.

On remarque que les premières représentations de Britannia montrent une femme accablée qui se tient la tête. Les troubles, les violences, les révoltes, les incursions barbares, la très dure répression qu’exerça l’armée romaine sont probablement la cause de cette tristesse. Avec le temps, le courage et la dignité de la population apparaissent sur la représentation de Britannia qui devient plus martiale, plus fière.

 

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                                                                                                             Num. Ars Classica 

 

Sesterce d'Antonin le Pieux de 143

 

D/ ANTONINVS AVG PIVS P P TR P COS III

R/ BRITA N NIA, S • C

Sous le règne de Commode, la Bretagne romaine fut mise à feu et à sang, les garnisons romaines subirent de graves défaites. C’est à cette époque que nous trouvons l’action de notre héros. Sous l’égide du nouveau gouverneur Ulpius Marcellus et avec la participation d’Artorius, la paix fut rétablie par la force et même avec férocité. Commode bien sûr émit des monnaies pour commémorer ces victoires, on peut lire sur ces monnaies : BRITANNIA ou VICT[oriae] BRIT[annicae].

 

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                                                                                                   Num. Ars Classica 

 

Médaillon en bronze de Commode de 185

 

En 186, Artorius est envoyé en Armorique avec deux légions pour y mâter une rébellion. Victorieux, il peut renvoyer une partie de ses troupes en Bretagne où les hommes pérenniseront sa légende.

A cette époque, Cassius Dion et Hérodien, mentionnent un officier provenant de Bretagne appelé à Rome avec 1500 cavaliers d’élite pour prévenir un attentat contre l’empereur Commode. L’instigateur de ce coup d’état était Perennis, lequel s’était illustré en Pannonie par le massacre de la population sarmate, et qui aurait fait battre monnaie pour rappeler ses hauts faits guerriers. On peut dès lors imaginer qu’il ne fallut pas forcer les cavaliers sarmates à suivre leur commandant à Rome.

Après plus de vingt ans de service, Artorius aurait pu se retirer de l’armée, se marier et avoir des enfants. On pense qu’il aurait occupé une fonction officielle mais sa stèle nous indique qu’il fut nommé procurator centenarius iure gladii de Liburnie. Ce titre regroupait en quelque sorte la fonction de gouverneur et de magistrat de région. Il devait percevoir pour cette charge la somme de 100.000 sesterces par an. Ajoutée à ce qu’il avait pu amasser au cours de sa carrière, il lui était alors possible d’assurer son rang de chevalier, d’entretenir une famille, une villa… Sous l’égide d’Artorius la Liburnie connut paix et prospérité. Au nord, la Pannonie sous la main de fer du futur empereur Septime Sévère connaissait une inhabituelle période d’accalmie. La Liburnie était en ce temps une région de la province de Dalmatie. Le gouverneur de cette province était Marcus Cassius Apropianus, le père de l’auteur antique Cassius Dion qui, baigné depuis l’enfance dans les récits, les aventures du grand homme les aurait transcrits, relatant l’histoire et générant les prémices de la légende. En 193, Commode est assassiné. Pertinax, collègue d’Artorius en Bretagne, est nommé empereur. Il est lui-même assassiné après 87 jours de règne. Didius Julianus achète le trône aux enchères et est exécuté 66 jours plus tard par Septime Sévère. Albinus, gouverneur de Bretagne, se soulève après l’assassinat de l’empereur Pertinax et est proclamé empereur par ses troupes. Il franchit la Manche et s’avance en Gaule. Sévère, au lieu de marcher directement vers lui, se dirige vers la Pannonie, la Noricum, la Raetia, le nord de l’Allemagne pour finalement entrer en Gaule. Son intention était probablement de regrouper autour de lui, soldats et officiers le long du chemin. Artorius dans cette situation, par ses connaissances, dut être une recrue indispensable pour l’empereur. En 197, les forces de Sévère rencontrent pour la première fois celle d’Albinus à Tinurtium. Il semble que la cavalerie emmenée de Bretagne par Albinus y ait connu de lourdes pertes. Ces cavaliers pouvaient être des Sarmates. Sachant que Cassius Dion rapporte que Sévère ne fut présent à aucune des batailles excepté la dernière, on peut imaginer qu’Artorius devait y être pour quelque chose dans la défaite initiale d’Albinus et le rang qu’il occupa pendant cette bataille. Albinus poussa son armée vers le sud où s’engagea en février 197 la deuxième et dernière bataille près de Lyon. Albinus, défait, se suicida. Il semble qu’Artorius perdit la vie dans cette bataille. Nul ne sait ce qu’il advint de son corps, s’il fut ramené en Liburnie ou en Bretagne. Tant est qu’une stèle lui est dédiée. Elle se trouve près de la chapelle Saint-Martin dans la ville de Split en Dalmatie.

 

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                                                                                                                       Photo

Ladislav Petrus

Les différents textes qui relatent la légende d’Arthur ont en commun plusieurs points.

Le héros est un guerrier appelé Arthur, fils de Uther, ses actions trouvent place essentiellement en l'île de Bretagne. Les récits les plus anciens rapportent qu’il n’était pas roi mais soldat et qu’il portait le titre de dux bellorum . Il envoya des ambassades à un empereur romain nommé Lucius. Souvent on l’associe à la légion romaine, parfois comme un auxiliaire de celle-ci. On se rappelle aussi qu’il fut l’ennemi de légions menées par un empereur romain. Les contes décrivent souvent un chef à la tête d’hommes à cheval, caparaçonné, portant cotte de maille, maniant épée, lance et bouclier. Sa forteresse se serait trouvée à Caerleon ou Camelot, à hauteur du mur d’Hadrien, tout à l’ouest. Son fameux étendard figurait un dragon. Arthur a combattu dans de nombreuses batailles en Bretagne pour défendre la civilisation contre les envahisseurs barbares pictes, scots et irlandais. Ces batailles se sont déroulées près des rivières Glein, Dubglas, Bassas et Tribruit ; dans les bois de Celidon, près du château de Guinnion ; sur les monts Breguoin et Badon et contre la « citée » de la légion (urbe legionis). Au Mont Badon (Dumbarton Rock), Arthur massacre des Scots et des Pictes par milliers, traitant la population sans aucune pitié. Après avoir imposé la paix en Bretagne, Arthur se rend deux fois en Gaule, une première fois pour y rétablir l’ordre et la seconde fois dans le cadre d’une guerre civile pour y être confronté à certains de ses propres hommes et à un empereur romain qu’il défait.

 

En Bretagne, après la disparition d’Artorius, outre sa légende, Rome devait encore survivre.

En 208, l’empereur Septime Sévère débarque dans l'île avec une grande armée. Pendant près de trois ans, il massacre les insoumis sans pitié et dévaste l’Ecosse. Il meurt en la ville d’York en 211, cédant le trône à ses fils : Caracalla et le malheureux Geta.

 

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                                                                        E = x1½                                C.N.G.

 

Denier de Septime Sévère avec VICTORIAE BRIT au revers

Sous les empereurs de cette famille, des monnaies d’or, d’argent et de bronze seront émises. Elles commémoreront les campagnes victorieuses en cette terre de Bretagne avec l’inscription entière ou abrégée VICTORIAE BRITANNICAE.On pourra également lire sur leur titulature de l'avers l’adjonction du titre de BRIT[annicus].

 

Entre 206 et 273, des hommes comme Postumus, Victorinus, Tetricus I et Tetricus II se proclamèrent empereurs et firent sécession avec le reste de l’empire. Ils régnèrent sur un territoire qui couvrait la Bretagne, la Gaule et l’Espagne, territoire appelé l’empire des Gaules. Ces empereurs sécessionnistes émirent une énorme quantité de monnaies, de bronze, d’argent et même d’or, il semble que les ateliers principaux devaient se trouver à Trêves et à Cologne. Ce sont essentiellement ces monnaies qui étaient utilisées en Bretagne. Mais la raréfaction du numéraire en Bretagne et en Gaule conduisit à des productions locales d’imitations. Ces copies sont connues aujourd’hui sous le nom de « barbarous radiates ».

A la fin du 3e siècle, des raids menés par des pirates irlandais, des Saxons venant de Scandinavie portèrent de nouveau la guerre sur les côtes de Bretagne. Pour s’opposer à ces attaques, une flotte basée à Boulogne fut armée, cette armada appelée Classis Britannica était commandée par le Ménapien, Carausius. Ce dernier, trahissant Rome, se proclama lui-même empereur de Bretagne et de Gaule. Six ans plus tard, il devait être assassiné au profit de son ministre des finances Allectus qui prit sa place sur le trône usurpé.

  

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E = x1½

 

Ces rébellions avaient coupé l’île de tout approvisionnement en monnaies venant du continent. Le manque de numéraire fut à cette période compensé par l’ouverture du premier atelier de frappe de monnaies romaines en Bretagne. Ce premier atelier identifiable se trouvait à Londres, par la suite un second fut probablement établi à Colchester. Les monnaies marquées d’un L auraient été frappées à Londres (Londinium) celles qui portent un C ou CL proviendraient de Colchester (Camulodum) ou de Bitterne (Clausentum). Certaines monnaies de Carausius ne portent aucune marque d’émission et d’autres portent la marque RSR ou R. Nous n’avons actuellement aucune idée certaine sur la localisation de ces ateliers. On retrouve pour Carausius et Allectus un monnayage d’or, d’argent et de bronze argenté. Pour Allectus, il existe des petits bronzes marqués d’un “q” qu’on appelle quinaires. Sur les antoniniani de Carausius figurait son buste avec ceux de Dioclétien et de Maximien avec la légende CARAVSIVS ET FRATRES SVI (Carausius et ses frères).

 

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                                                                         E = x1½                             C.N.G.

 

R/ PAX A-VGGG ; la paix tenant un rameau d’olivier et un sceptre.

     S P/C. (Camulodunum)

 

Des monnaies destinées à légitimer son pouvoir montraient aussi Britannia debout qui remerciait Carausius comme son sauveur.

 

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                                                                 E = x1½                                 britishhistory. net 

 

Ce denier émis par Carausius porte la marque RSR en exergue, qui serait l’abréviation de Redeunt Saturnia Regna (L’âge d’or est de retour).

 

En 296, un terme est mis à cette aventure par Constance Chlore qui envahit la Bretagne et la replace sous l’autorité de Rome. Avec la restauration du pouvoir légitime, il fut décidé de poursuivre la frappe de monnaies à Londres. Ce qui était en accord avec la volonté politique de Dioclétien de décentraliser le fonctionnement de l’empire, notamment en multipliant les ateliers monétaires qui pouvaient ainsi approvisionner des régions en numéraire sans passer par Rome. Ainsi des folles furent produits à Londres dès 296 aux noms de Dioclétien, Maximien, Constance, Galère, Sévère II et Maximin II.

Sous le règne de Dioclétien, le nombre d’ateliers monétaires fut augmenté. Au premier temps de l’empire, la monnaie de Rome suffisait totalement pour la production du numéraire. Dès le 3e siècle l’extension des frontières vit une augmentation exponentielle du besoin en monnaies. C’est essentiellement le follis qui fut émis dans ces ateliers décentrés. Ces folles portaient l’inscription GENIO POPVLI ROMANI.

  

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D/ Tête laurée de Dioclétien à Dr. - IMP C DIOCLETIANVS PF AVG

R/ Genius portant une chlamyde, tenant une corne d’abondance et

une patera - GENIO POPVLI ROMANI - LON (à l'exergue)

C'est la 1ère émission depuis la réouverture de l’atelier monétaire de Londres en 297.

 

A la mort de Constance, qui survint en Bretagne à Eburacum (York) en 306, son fils Constantin fut élevé au rang d’empereur. Au même moment Maxence, fils de Maximien, se rebelle contre Sévère II et

le tue. Constantin s’allie à Maximien pour marcher sur Rome où il défait Maxence à la bataille du pont Milvius et devient ainsi le seul empereur de l’Ouest en 312. La mort de Galère un an plus tôt avait laissé dans l’Est deux turbulents successeurs, Licinius et Maximin II. En 313, Licinius défait son rival et règne à l’est pendant onze ans. En 324 aux batailles d’Hadrianopolis et de Chrysopolis, Constantin défait Licinius et devient le seul auguste d’un empire réunifié.

Pendant toute cette période, Londres va produire des folles au nom de tous ces princes. Le coût de la guerre fait que le follis passe graduellement de 10,5 g à 3 g et de 28 mm à 17 mm en 322. Depuis 317, Constantin émet des monnaies représentant sa personne, sa mère Hélène, son épouse Fausta et ses trois fils, Crispus, Constantin II et Constance II, ignorant déjà complètement Licinius.

Pendant toute son activité, Londres va émettre plus ou moins 587 types de combinaisons différentes selon leurs droits, leur revers, leurs inscriptions, les co-empereurs avaient le rang d’auguste (AVG) leurs subalternes eux tenaient le rang de très noble césar (NOB CAES ou NC).

 

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                                                                                                                 RIC VI Lon 94

 

D/ Buste de l’empereur lauré et cuirassé à dr. de Constantin Ier, césar.

 FL VAL CONSTANTINVS NOB C

R/ Mars tenant un rameau d'olivier, une lance et un bouclier.

     MARTI PACIF - PLN (à l'exergue) = Londinium, 307

 

Le déclin de Rome dans l'île de Bretagne commença probablement aux environs du milieu du 4e siècle avec des incursions barbares venant d’Ecosse, d’Irlande, de Germanie et des Pays-Bas. A partir de 360, ces raids devinrent beaucoup plus organisés. En 367 les forces romaines en Bretagne subirent une cuisante défaite. L’attaque conjuguée de plusieurs tribus conduisit au break-down général sur l’île. Les désertions dans l’armée, la désorganisation qui en suivit conduisit à une période de chaos sans ordre ni loi qui dura jusqu’en 369, date à laquelle, sous l’égide de l’empereur Valentinien Ier, la Bretagne connut sa dernière réorganisation incluant la reconstruction des défenses, des villes avec le rétablissement de l’ordre et de la loi.

En 383, le commandant des légions de Bretagne, Magnus Maximus renie son allégeance à l’empereur Gratien et se fait attribuer la pourpre par ses troupes. Il envahit la Gaule, défait et tue l’empereur légitime. Maximus règne sur la Bretagne, la Gaule, l’Espagne et le nord de l’Afrique. En 388, il décide de prendre Rome mais la fortune lui tourne le dos et, à son tour, il est défait et tué à la bataille de Poetovio par Théodose Ier. Son règne est cependant intéressant pour les numismates dans la mesure où il autorisa la réouverture de l’atelier monétaire de Londres qui produisit des siliques et des solidi.

A cette époque, Londres avait été rebaptisée Augusta et dès lors, sur les monnaies d’or et d’argent émises dans ses ateliers, on peut lire AVG.

 

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                                                                E = x1½                                  Num. ars Classica

 

D/ Buste diadémé, cuirassé et drapé de Magnus Maximus à Dr.

     DN MAG MA–XIMVS P F AVG

R/ Magnus Maximus et Théodose Ier, sur le trône, tiennent ensemble

un globe placé entre eux, ils sont couverts par la victoire qui

déploie ses ailes.

     VICTOR–IA AVGG et AVGOB (à l'exergue)

Solidus, Londinium-Augusta

 

Par la suite la Bretagne, dans le système foederati, n’eut plus de garnison romaine sur son sol. La défense du territoire était confiée à des troupes auxiliaires, surtout d’origine votadine, dammoni, saxonne, germanique. Honorius envoya en Bretagne au 4e siècle un général d’origine vandale, Stilicon, pour y organiser la défense. Ses efforts furent réduits à rien en 407 par le soulèvement des forces militaires qui élevèrent au rang d’empereurs leurs généraux Marcus, Gratien, et Constantin III. Ce dernier s’aventura avec toute son armée en Gaule où il fut défait en 411 par Constantius. À la suite de cet évènement, Rome n’apporta plus aucun soutien à la Bretagne. Après 407, la Bretagne, dégarnie de troupes, se défend comme elle le peut contre les attaques des Saxons, des Angles, des Jutes, des Pictes et des Scots. Les Romano-Britons en appelèrent à Honorius qui n’eut jamais la possibilité, la force ou l’envie de ramener les aigles dans l'île, marquant la fin de l’hégémonie romaine sur la Britannia.

 

En 429, saint Germain d’Auxerre se rendit en Bretagne pour lutter contre le pélagianisme, une doctrine chrétienne considérée comme hérétique, et aida les Bretons à lutter contre les envahisseurs. Les sources sur cette période sont rares et parfois légendaires.

La résistance des Bretons est attribuée à divers personnages. Parmi eux, Ambrosius Aurelianus qui organisa les troupes bretonnes face à l'invasion saxonne. Ce soldat issu de l'aristocratie bretonne romanisée aurait été formé aux techniques militaires romaines. Citons encore Vortigern, tantôt qualifié de roi ou de chef du Conseil à Londres.

Vers 425, l’est de l'île tomba sous l'autorité des Anglo-Saxons. Cette région se referma sur elle-même et perdit entre autre le contact avec l'Eglise catholique de Rome.

En 446 une délégation de Bretagne porta un message à Rome, on retiendra cette fameuse phrase : « Les barbares nous poussent à la mer et la mer nous ramène aux barbares ». Rome resta sourde à cet appel et n’accorda aucune aide. Les Saxons prirent le contrôle de la Bretagne, repoussant les tribus romano-britanniques vers le pays de Galle, vers le Devon et les Cornwall.

Au 7e siècle il ne restait rien de la domination romaine en Bretagne. Du 5e au 10e siècle, nos sources se résument à des vies de saints, pleines de miracles et de chronologies plus qu'incertaines, à des listes de rois légendaires et à des poèmes ou fragments de poèmes qui relèvent plus de la fiction que de l'histoire. Ces sources, de provenances diverses, non seulement ne se complètent pas l'une l'autre mais se contredisent souvent et laissent de toute façon d'énormes lacunes dans leurs informations faisant le lit des contes et des légendes.

 

« Le temps brise et disperse la réalité, ce qui reste devient mythe et légende. »

                                                                           Nuto Revelli

 

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Références :

 

Les œuvres de Cassius Dion et d’Hérodien.

Historia Regum Britanniae (Histoire des rois de Bretagne), écrite par Geoffrey de Monmouth au XIIe siècle

Historia Brittonum (Histoire des Bretons), rédigée par Nennius vers 800)

Annales Cambriae (Les Annales Galloises), écrites entre 960 et 980

William of Malmesbury's Gesta Regum Anglorum (ca. 1125 C.E.)

Les œuvres de Chrétien de Troyes, de Kemp Malone, de C. Scott Littleton et de Linda Ann Malcor

Wikipedia, encyclopédie libre

www.petrus.sk Ladislav Petrus

Nous adressons un cordial et particulier remerciement à Linda Ann Malcor et à Ladislav Petrus.